Caroline Goldman, psychologue pour enfants et adolescents,
Docteur en psychopathologie clinique (Paris V Descartes), chercheur, enseignante à l’université et formatrice.

Témoignage Caroline Goldman

La mère de famille, la féministe et la psychologue pour enfants que je suis… ne peut qu’approuver vigoureusement l’initiative WEPP. Elle ferait sans doute bondir nos aïeux, pour qui les fonctions parentales étaient caricaturalement distribuées, mais le monde change !

Les femmes ont longtemps été assignées aux tâches les plus ingrates de la société. Elles n’avaient pas accès aux études, au vote, à l’art, leurs idées n’avaient aucun poid sur l’espace public… Leur vertu tenait à la bonne tenue matérielle de leur maison ; au soin qu’elles portaient à leurs enfants (souvent nombreux) ; et à la vie sociale de ces derniers, qu’elles géraient, seules, dans un mouvement admis d’abnégation.

Les hommes jouissaient au contraire de toutes ces libertés socialement épanouissantes et gratifiantes (réussite, rencontres, salaire…). Et leur plus grande distance avec le quotidien du foyer (“papa travaille”) leur octroyait tout naturellement l’unique fonction d’incarner la loi, les interdits.

La contraception et l’émancipation massive des femmes qui en a découlé réinterroge tout naturellement ces places. Les étudiantes sont aujourd’hui plus nombreuses que les étudiants en médecine et en droit, elles s’investissent dans des carrières accaparantes et revendiquent tout naturellement leur droit de jouir de tout: elles adorent leurs enfants mais n’oublient pas leurs autres désirs.

 

Mais les stéréotypes ont la vie dure, ces schémas familiaux continuent à nous habiter malgré nous, et le quotidien des enfants est encore largement porté par les mères, qui cumulent ainsi des responsabilités multiples et harassantes qui leur donnent parfois le sentiment de ne rien faire correctement. Il est difficile de parler de “génération sacrifiée” car aucune génération de femme n’a touché d’aussi près notre liberté occidentale aujourd’hui, mais nous nous situons sans doute entre ces deux schémas: un avant traditionaliste et un futur rigoureusement paritaire.

Les WEPP nous propulsent dans l’après: ils nous font miroiter une société dans laquelle les pères prendraient leur part d’intimité avec les enfants (organisation et responsabilité du quotidien, gestion des repas et des vêtements, soins, tendresse…) et laisseraient les mères investir leur “ailleurs”, dans un sain rééquilibrage des fonctions.

 

Rappelons ici brièvement ses fonctions incontournables auprès de l’enfant:

 

Il dé-fusionne peu à peu le duo mère-enfant (du à l’état de symbiose physiologique et psychique imposé par la grossesse puis par l’allaitement) en constituant le premier investissement tiers de ce duo: en aimant à la fois la mère et l’enfant, il s’intercale entre eux pour faire du trio le premier groupe social de la vie de l’enfant. Son implication y est donc centrale et la qualité du lien père/enfant colorera grandement le ton de ses relations sociales ultérieures (par exemple si le père aime plaisanter avec sa fille, il est très probable qu’elle aimera plaisanter avec ses camarades). Il est également un tremplin majeur pour la construction de l’estime de soi : l’enfant qui a lu de la fierté dans le regard de son père ne doutera jamais de sa valeur. Le père offre ainsi la plus grande part de sa légitimité identitaire et sociale à l’enfant.

 

Il le stimule sans anxiété, le poussant à tenter l’aventure de la nouveauté (motrice, intellectuelle…), à prendre des risques, se lancer, se dépasser, donc être fier de lui et confiant dans le monde.

 

Il limite l’enfant, lui apprend la tolérance à la frustration, le respect des règles, des codes sociaux. Une fois sa loi admise et structurellement intégrée par l’enfant, la mère et tous les représentants ultérieurs de l’ordre se feront facilement entendre, ce qui simplifiera infiniment sa vie sociale (fin des rapports de force).

 

Ce rendez-vous privilégié permettra surtout à l’enfant de mieux le rencontrer et de s’identifier à ses qualités (la mère, en signifiant à l’enfant son autorisation d’investir son père, et au père, sa confiance en lui pour la relayer, favorisera puissamment cette rencontre). Mais aussi de faire évoluer les fameux schémas sociologiques évoqués plus haut et encore injustement incrustés dans l’inconscient collectif: le petit garçon deviendra lui-même un père responsable et impliqué, et la petite fille choisira un partenaire ayant ce profil pour construire une parentalité épanouissante pour sa vie de femme.

 

Que ces papas modernes et courageux soient fiers d’eux : ils équilibreront leur vie de couple et mèneront de nombreux chantiers de construction pour leur enfant !